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Questions à un ami utopiste

I Une autre économie


4 Application concrète

- Ça me semble quand même un peu théorique tout ça. Par exemple, des consommations possibles, il y en a pratiquement une infinité. Je ne peux donc pas raisonnablement les indiquer toutes.

- C'est clair. Je vais t'expliquer comment ça se passe, plus précisément.
En fait, ce système s'applique à de petites unités économiques locales (moins de mille individus). Il y a, à chaque instant, du fait de la situation locale, des opportunités de consommation (liées à la disponibilité de certaines ressources, de certaines compétences, à la survenance d'événements particuliers etc. ) Ces « consommations opportunistes » sont listées, et pour chacune, tu indiques ton niveau de satisfaction. Ensuite, rien ne t'interdit d'avoir envie d'autres consommations. Dans ce cas, tu l'ajoutes à la liste, avec le niveau de satisfaction correspondant. Si tu veux accroître tes chances pour cette consommation, tu l'ajoutes à la liste commune : elle apparaîtra aux autres, qui devront y adjoindre leur niveau de désir. On parle alors de « consommation sollicitée ».

- Pourquoi cela accroît-il mes chances pour cette consommation ?

- À cause d'une possible économie d'échelle : lorsqu'elle est produite en plus grande quantité ou partagée, le travail correspondant (à la consommation) diminue souvent...
Ainsi, comme tu le vois, les consommations qui coûtent le moins et celles qui sont le plus désirées sont favorisées, ce qui est optimum pour l'accroissement de la satisfaction totale. Et il n'y en a pas une « infinité »...
Tiens, pour mieux te faire une idée, tu peux jeter un coup d'oeil sur cet organigramme :
organigramme

- D'accord, mais ce n'est pas toujours évident d'estimer ce niveau d'appréciation. Si je ne le connais pas, que je n'ai jamais goûté à un truc, par exemple, je ne peux pas savoir...

- Il y a toujours un niveau de désir. Si tu n'as jamais goûté à un mets, par exemple, ce niveau sera plutôt élevé si tu es curieux, et plutôt faible si tu es peureux. Ensuite, comme on l'a vu, tu vas le réajuster...

- Il me semble difficile de comparer l'appréciation d'une banane avec l'appréciation d'un appartement, par exemple...

- Tout d'abord, il ne faut pas perdre de vue que le but n'est pas d'estimer précisément une appréciation, il n'est pas philosophique, seulement économique : « comment se répartir au mieux la production et la consom­mation ? ». Il ne faut pas être perfectionniste, donc.
Ensuite, tout cela est codifié. Par exemple, pour un consommable (la banane), on indique généralement deux nombres : l'« appréciation marginale » et le « seuil de saturation ». J'explique :-) !
L'appréciation marginale est l'augmentation de ton appréciation par unité de quantité consommée (par banane, par kilogramme etc.) tant que la quantité totale est inférieure au seuil de saturation. Au-delà de ce dernier, l'appréciation n'augmente plus : ça ne t'apporte rien d'en avoir toujours plus. Pour un mets que tu n'as jamais goûté, tu indiques une quantité seuil de saturation très faible... puisque c'est juste « pour goûter »... ensuite, tu modifieras probablement tes indications.
Pour un bien durable (l'appartement), il n'y a généralement que l'appréciation marginale. Dès que tu as envie de changer, il te suffit de réduire ton appréciation... au profit de ce que tu désires plus.
Pour une activité de production, le seuil correspond à une durée au-delà de laquelle l'appréciation marginale change. Par exemple, si tu aimes bien faire un truc tant que ça ne dure pas trop longtemps... On indique donc généralement, dans ce cas, deux appréciations marginales: la « première », correspondant aux durées inférieures au seuil, et la « seconde », correspondant aux durées supérieures.

- Il y a encore un truc qui cloche, selon moi. Il n'existe pas une unité objective pour ce concept très subjectif, qu'est l'appréciation. Tout le monde ne va pas faire correspondre un même nombre à une même appréciation... S'il est possible de comparer ses propres appréciations entre elles, ça me semble plus problématique de comparer les appréciations de différentes personnes...

- Ce problème est résolu par renormalisation. J'explique :-).
L'ordinateur ne prend pas en compte les niveaux tels qu'ils sont donnés, bruts, par chacun. Pour chacun, il calcule la moyenne des valeurs absolues de ses niveaux (entre toutes les activités qu'il a évaluées, et pour une même unité de quantité, ramenée à une durée), puis il divise chacun de ces niveaux par cette moyenne. En somme, on effectue un simple changement d'échelle.

- Je vois l'idée, mais cela élimine la prise en compte du fait que certains puissent être plus sensibles : avoir des niveaux réels de plaisir et de douleur globalement plus importants.

- Tout à fait. Mais ce n'est pas un problème, au contraire. Tout d'abord, Cela relève typiquement d'un travail philosophique personnel que de réduire cette sensibilité (pour être moins dépendant de son environnement). Prendre en compte économiquement ces variations s'opposerait à un tel progrès personnel.
Ensuite, il y aurait la tentation « malhonnête » d'accroître artificiellement cette sensibilité de façon à se voir attribuer plus de choses agréables et moins de choses désagréables (en dépit de la prise en compte de l'écart type, qui ne ferait que limiter le phénomène). Bref, ainsi, chacun a vraiment intérêt à fournir des indications honnêtes.

- Et pourquoi renormaliser simultanément tous les niveaux de désir (en prenant leur valeur absolue), et non pas, séparément, les niveaux positifs et les négatifs.

- Pour prendre en compte le fait que certains peuvent trouver plus de satisfaction en consommant globalement plus que d'autres (tout en travaillant plus, du coup) : ceux dont la moyenne algébrique est la plus élevée. Sinon, tout le monde se verrait attribuer approximativement une même quantité de consommation et de travail. Cette restriction ne nous semble pas utile et limiterait la liberté.

- N'est-il pas possible qu'ainsi, quelqu'un avec une moyenne algébrique élevée ait tellement de travail à faire qu'il n'ait plus le temps de tout consommer ce qu'il souhaite...

- Dans ce cas, il réduira probablement de lui-même ses désirs de consommer. De plus, il y a aussi une limite liée à la durée de travail : on ne peut pas travailler plus de 24h par jour... Cette limite est prise en compte dans le calcul.
Il faut voir aussi que tu es prévenu du temps de travail que tu auras probablement à faire (compte-tenu d'une productivité moyenne), et que tu peux alors réajuster tes niveaux de désir en conséquence...

- je trouve que c'est quand même vachement dans une logique hédoniste, de consommation, tout ça, et prise de tête, en plus ; Quelqu'un qui ne cherche pas le plaisir et souhaite juste se consacrer à une passion sans pour autant mourir de faim, il doit faire l'effort d'annoter chaque activité économique : « j'aime bien, à tel niveau et jusqu'à telle quantité ». On n'a pas forcément envie de rentrer là dedans.

- Tout à fait, et cela est pris en compte. Quelqu'un peu juste cocher la case : « je veux juste de quoi me maintenir en bonne santé », qui le dispense d'annoter tout le reste. Les besoins physiologiques humains sont connus (en fonction des activités, de l'âge etc.) L'ordinateur prendra cela en compte...
Cette personne peut même ajouter ensuite certaines indications (de niveaux de désir) si elle se voit attribuer des trucs qui ne lui plaisent vraiment pas, par exemple; des exceptions, en quelque sorte.

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