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Ukratio, pour une société vraiment plus juste, durable et fraternelle
Questions à un ami utopiste

IV Une autre stratégie


1 Une possibilité

- Bon bah, c'est très bien tout ça, on a bien rêvé !

- Comment ça « rêvé » ?

- Oui, parce que ok, ça semble idéal et réaliste au niveau du fonctionnement, mais de là à ce que ça devienne une réalité !

- Ce serait pourtant facile !

- Ah oui, c'est beau l'espoir ! Pour que ce soit possible, il vous faut convaincre un grand nombre de gens... D'autant que tes ambitions me semblent planétaires... Vous comptez faire quoi ? Prendre le pouvoir par les élections ?

- Ça demanderait de convaincre pas mal de gens en effet, et vu l'inertie et le fa­talisme ambiants...

- Alors ? Prendre le pouvoir par la force ? Ah, non, j'oubliais que vous êtes non-violents...

- C'est vrai que ce serait limite d'un point de vue éthique, mais encore, ce serait risqué. Cela nécessiterait l'instauration d'un pouvoir hiérarchique. Tu vas me dire que ce pourrait n'être que temporaire, mais nous avons vu le risque à propos de la chefferie élective. Et plus le pouvoir est fort (ce qui serait nécessaire à cause de l'hostilité des opposants), plus le risque de dérive tyrannique est impor­tant. L'enseignement de l'Histoire semble assez clair à ce sujet...

- Donc, c'est bien ce que je disais, merci pour le rêve !

- Non, non, la solution est simple :-).
Rien n'empêcherait quelques motivés, quelques humanistes bâtisseurs dans l'âme, où simplement quelques personnes avec une soif d'autre chose, cons­cientes des méfaits du système actuel et ouvertes à l'éventualité d'une ac­tion efficace, de s'organiser autrement, en commençant localement. Cela limiterait d'ailleurs la prise de risque qu'impliquerait une révolution à grande échelle.

- Tu veux dire : former une première commune, qui fonctionnerait selon les principes que tu as décrits ?

- Une ou plusieurs d'un coup, et pas forcément tout de suite conformes en tous points aux principes décrits car tout cela peut se mettre en place progressive­ment, oui. Plutôt que de « commune », on peut également parler de coopérative puisqu'il s'agit de travailler ensemble, sans forcément vivre en communauté. En outre, cela ne correspondrait pas forcément aux divisions administratives que sont les communes existant actuellement dans certains États.
Cette stratégie est beaucoup plus réaliste que d'attendre je ne sais quelle hypothétique révolution (sociale ou spirituelle), auto-conflagration du capitalisme ou de fomenter je ne sais quelle prise de pouvoir.

- Je veux bien, mais de là à ce que ça se répande !

- Le fatalisme dont tu parles s'alimente de l'absence d'alternatives crédibles. Beaucoup de gens ont besoin de voir quelque chose qui fonctionne, donc après ça, ça pourrait se répandre très vite...

- Des alternatives locales, il y en a plein...

- Oui, mais pas de réelles alternatives sociétales, avec un projet crédible sur le long terme, une réelle stratégie à moyen terme. Il ne s'agit souvent que de fuir, d'impro­viser, plutôt que construire une alternative rationnelle, quand il ne s'agit pas d'accommodements avec le capitalisme, d'initiatives purement « écologiques ». Nous parlons ici d'une alternative qui s'attaque à la racine des maux, et en particulier à l'argent, à la propriété privée, à la hiérarchie... et ce d'une façon généralisable, pas d'une démarche élitiste.

- Bref, l'anarchie et l'autogestion !

- Non, enfin, au sens strictement étymologique, je veux bien, mais ça ne suffit pas. Tout cela a déjà été essayé bien sûr. Nous parlons ici d'une alternative cohérente, avec une démarche rationnelle, un minimum d'organisation et de perspective à long terme. La plupart des anarchistes, comme beaucoup de gens, sont réticents par rapport à une telle démarche. Sans doute par excès de réaction et manque de réflexion autour du concept de liberté. D'où le peu de progrès dans le domaine social, laissé de fait aux politiciens et aux idéologues moins « scrupuleux ».

- Il y a déjà eu des socialistes utopistes...

- proposant l'ucratie, l'économie de la satisfaction maximale ? Non ! On en est loin !
Si tu regardes dans le détail les différents utopistes qui ont existé, tu vois à quel point il y avait de la naïveté dans leur entreprise : certains pensaient qu'il suffisait d'imposer l'égalité, d'autres la solidarité, d'autre d'abolir l'argent ou encore de distribuer un revenu identique à tout le monde, il y a encore ceux qui se focalisèrent sur une morale, une spiritualité... Tout cela est insuffisant. C'est le problème de prendre un peu trop rapidement ses désirs pour la réalité.
Il faut se garder des généralisations. À la limite, c'est comme ceux qui vont te dire qu'on a essayé des alternatives au capitalisme et que ça ne marche pas ! C'est aussi illogique que de dire que seul le fer s'aimante parce qu'on a essayé avec le cuivre, l'aluminium et le zinc et que ça ne marche pas. Il faut bien sûr tout essayer pour pouvoir conclure ainsi. On s'apercevrait alors que le fer n'est pas le seul métal qui s'aimante. Mais la logique la plus élémentaire a parfois du mal à s'appliquer quand on rentre dans le domaine politique. De ce fait, la situation actuelle n'a rien d'étonnant !

- C'est bien pourquoi ce que tu proposes n'a que peu de chances d'arriver. L'homme n'est pas rationnel.

- Bon, faut pas exagérer non plus :-). C'est vrai qu'il y a parfois de quoi perdre patience, mais il y a de l'espoir, parce que même si l'homme n'est jamais parfaitement rationnel à un moment donné, il peut toujours tendre vers plus de rationalité. Il y a quand même un mouvement dans ce sens. C'est bien là l'espoir. Ne cédons pas au fatalisme !

- De toute façon, même si, à un moment donné, tu parviens à un résultat positif, ça ne marchera pas parce qu'on ne vous laissera pas faire.

- Ça y est, la théorie du complot  !

- Il y a des intérêts très importants en jeu. Donc, oui les rigolos, on les laisse faire, mais pas ce qui a des chances sérieuses de changer le système...

- Ah oui, et c'est qui ce « on ». Une bande d'extraterrestres qui nous mani­pulent ? Arrête tes conneries ! Il n'y a jamais que des hommes, et l'économie ca­pitaliste suffit largement à expliquer ce qui se passe. Inutile d'invoquer quelque méga-complot secret...

- Justement, cette économie fait qu'une classe de puissants a intérêt au maintien de la situation, et comme ils sont puissants... justement...

- Bien sûr qu'il y a des intérêts qui peuvent s'opposer à un tel projet, mais il ne faut pas exagérer. Ces gens là sont des hommes... pas des machines à défendre un intérêt. Ils n'ont pas que ça à faire. Ce que nous proposons s'adresse à tous les humains et est acceptable par tous. Ce ne serait terrible pour personne, car il ne s'agit pas d'un mode de vie précis, comme nous l'avons vu, mais d'une société qui prend en compte autant qu'il est possible la diversité et la liberté. Elle peut contenter tout le monde, elle est désirable pour quiconque y réfléchit un peu.

- Même ceux qui sont attachés à un train de vie nécessitant la sur-exploitation d'autrui et de la planète ?

- Oui, il leur faudra simplement prendre un peu de hauteur par rapport à cet attachement, murir, mais c'est évidemment possible ! Cet attachement découle souvent de manques que la société ucratique comblerait par ailleurs.
Et l'on ne demande pas à chacun de devenir un ascète... notre modèle économique rendrait possible un confort matériel pour tous largement supérieur à ce qui existe actuellement pour la majorité (et avec un moindre coût pour l'environnement). C'est donc quelque chose de réaliste.
Surtout, nous ne sommes pas dans la contestation et la lutte frontale, contraire­ment à beaucoup de mouvements, qui évidemment suscitent une opposition vi­rulente, puis s'en alimentent.

- On va vous prendre, au mieux pour de doux rêveurs, au pire pour une secte dangereuse.

- Là encore, cessons de mettre l'humain plus bas qu'il n'est. Quiconque prend un minimum connaissance de ce projet ne peut que réaliser qu'un tel amalgame est impos­sible, aberrant. Nous sommes trop éloignés de tout cela : pas de hiérarchie (ni formelle ni informelle), pas de croyance, pas de diabolisation de la société, pas de démagogie... Juste agir positivement, expérimenter d'autres choses, avec ouverture...

- Encore faut-il que les gens prennent effectivement connaissance du projet. Généralement, ils jugent hâtivement de tout, amalgamant les choses avec les quelques rares concepts qui leur sont familiers.

- Généralement, mais pas toujours, et petit à petit, il est possible qu'un grand nombre de personnes finisse par en prendre connaissance. Une telle diffusion peut être exponentielle, donc, rapide.

- Il y aura toujours des gens particulièrement butés, fanatiques, qui s'opposeront.

- Certes, mais le but n'est pas de convaincre tout le monde. Une large majorité, ce serait déjà pas mal, non !? Et cela est parfaitement envisageable, progressivement bien sûr.
Actuellement, c'est l'inertie de la masse, qui freine, bloquée par des croyances, comme par exemple, la croyance en un complot surpuissant ou une « nature humaine » fondamentalement « mauvaise »... Or, ces croyances peuvent être facilement combattues par une éducation à la rationalité. Cette-dernière implique de ne pas se laisser enfermer non seulement par des approximations, mais encore par les concepts en général. Elle permet d'évoluer vers plus d'humilité, de finesse et de pertinence dans l'analyse.

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