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Ukratio, pour une société vraiment plus juste, durable et fraternelle

Qu'est-ce que l'ucratie

Une eucratie

Ucratie (Ukratio en espéranto ou en ido) est un mot formé à partir des affixes grecs "u" et "kratia". Le dernier vient de "Kratos", qui signifie ici "pouvoir" au sens politique. Le "u", quant à lui, est à prendre dans trois sens différents (étymologie multiple). Mais tout d'abord, c'est le "u" de "utopie", lequel a deux sens selon qu'il correspond au préfixe grec "ou" ou "eu".
Le préfixe "eu" signifie "bon", "heureux", "harmonieux". On peut donc parler d'une "bonne" forme de gouvernement.
Le projet ukratio est donc le projet d'une société radicalement meilleure, comme l'est une utopie, mais, comme nous allons voir, non pas simplement "désirée" ou "postulée" telle, mais construite pour être effectivement meilleure (grâce à une forme de gouvernement particulière)... ce qui fait la différence avec le concept d'utopie, qui évoque souvent quelque chose d'irréaliste.

Une acratie

La notion de pouvoir politique, quant à elle, est ambiguë, et est souvent rejetée à juste titre.
Ainsi, le "u" privatif ( le "ou" de "utopie", c'est le deuxième sens), signifie que l'ucratie rejette la notion de pouvoir politique au sens de "domination" ou pour être tout à fait exact, de ce que nous appellerons "pouvoir discrétionnaire" (ou encore "hiérarchique").
Nous appelons "pouvoir hiérarchique", une convention sociale en vertu de laquelle , dans un domaine donné au moins, le choix d'une personne l'emporte sur celui d'une autre (indépendamment de la nature de ce choix et uniquement du fait de statuts particuliers attribués aux personnes). Ainsi, le choix du chef l'emporte sur celui du sous-chef, celui du ministre sur celui de l'administré, celui du patron sur celui de l'employé (dans le cadre du travail) etc.

En ce sens, une ucratie se distingue radicalement de la plupart des régimes politiques (et économiques) existants, où la notion de pouvoir hiérarchique est extrêmement répandue.
À ce stade, la notion d'ucratie se confond avec celle d'acratie ("a" est également un préfixe privatif), voisine d'anarchie (1).

Une "éthicratie"

Mais à la différence de cette notion "négative" (l'acratie), elle apporte un élément "positif" en spécifiant une façon de prendre les décisions collectives.
Contrairement aux systèmes traditionnels (hiérarchiques ou démocratiques), le choix de l'option retenue (à l'issue de la délibération) ne prend pas en compte les personnes qui la soutiennent ou pas (leur statut hiérarchique ou leur nombre), mais seulement sa propre nature. En l'occurrence, sa conformité à une éthique universalisable, juste, humaniste, et plus précisément, utilitariste (dans le sens philosophique anglo-saxon du terme (2) ), d'où le troisième sens du préfixe "u"...
En gros, on retient l'option qui maximise la somme des bien-être de tous, tout en veillant à ne sacrifier personne (2). Tout naturellement, le long terme est privilégié (prise en compte de l'impact écologique ou éducatif, par exemple), puisque cela correspond généralement à plus de bonheur pour plus de monde.

Une "ratiocratie"

Bien sûr, reste la question "technique" de prévoir quel est le choix qui accroîtra le plus ce bonheur total.
Il est bien évident que l'on ne peut savoir cela avec certitude. Cependant, il est toujours possible d'estimer des probabilités pour les différentes conséquences possibles d'un choix donné, en procédant d'une façon "rationnelle" (observation, application de lois scientifiques, expérience, bon sens etc.) L'expérience montre qu'une telle procédure est globalement plus favorable à nos objectifs (même si une erreur est toujours possible). La décision choisie sera en quelque sorte la meilleure que l'on pouvait raisonnablement prendre.
La notion de raison apparaît d'ailleurs dans le mot "ukratio" ("ratio" signifie raison en latin).

Cette délibération rationnelle a d'ailleurs toujours un coût (ne serait-ce que sa durée et le nombre de personnes qui s'y consacrent). Réduire le risque d'erreur pourra demander un travail d'investigation... dont le coût est à prendre en compte ! Il va de soi que plus une décision présente un enjeu important, plus cela vaudra la peine de faire des investigations plus approfondies afin de réduire le risque (le temps consacré à la délibération sera donc proportionnel à l'enjeu qu'elle représente).
Il peut arriver que plusieurs choix soient "rationnellement" équivalents (compte tenu de la faiblesse des connaissances dont on dispose). L'absence de détermination n'est pas alors un véritable problème, puisque précisément, ils sont "équivalents". C'est seulement si l'enjeu le justifie que l'on pourra poursuivre l'investigation afin de les départager (ou de trouver d'autres choix meilleurs). Le cas échéant (indétermination), le choix pourra se faire au hasard, ou, pourquoi pas, à la majorité si le coût de ce "sondage" n'est pas trop important).

Une "super-démocratie"

Reste la question de savoir comment concrètement se prennent les décisions collectives. Et plus précisément : comment faire pour favoriser effectivement le choix le plus bénéfique. Là encore, la perfection n'est pas de ce monde, mais il n'est pas interdit de s'en approcher autant que faire se peut.
Et c'est la que l'ucratie, peut être considérée, d'une certaine façon comme un système "démocratique". En effet, afin de favoriser la meilleure décision, tout le monde peut participer. Chaque citoyen peut donc, directement, soulever des problèmes, proposer ou évaluer des solutions etc. Cela est parfaitement envisageable grâce aux nouvelles technologies de l'information. Dans le but de réduire le travail total et d'assurer un minimum de participants pour chaque décision, un jury (3) peut être désigné pour s'occuper plus particulièrement de chaque décision, étant entendu que tout le monde pourrait toujours y participer en suivant les délibérations du jury (qui seraient donc publiques).

Plus précisément, toute solution proposée devra être argumentée sur la base du bien commun (le plus grand bonheur possible), il devra être expliqué en quoi elle est possiblement meilleure que les précédentes (celles déjà proposées pour le même problème). Ce processus étant parfaitement transparent, chacun peut contrôler la qualité des argumentations, de façon, le cas échéant à contester certains points. Une contestation concernant un argument devrait être relativement rare car la raison est quelque chose d'assez universellement partagé (à l'inverse de tel ou tel intérêt privé). Elle pourra donner lieu, au pire, à un vote majoritaire concernant la validité d'un argument. Ainsi, avec un nombre suffisant de participants, on est pratiquement assuré de la bonne qualité du choix (grand nombre de solutions, d'arguments et contrôle de ceux-ci).

Ce système peut être rapproché d'une prise de décision "au consensus", dans la mesure où une solution est recherchée collectivement, par opposition à un système où des avis s'affrontent. On va au-delà de la simple prise en compte des positions de chacun à un instant donné : la délibération se fait réellement ensemble. Par contre, dans les techniques de prise de décision "au consensus" habituellement proposées, l'unanimité est recherchée sans que soit spécifiée une éthique particulière. De ce fait, on est confronté à un risque important de blocage (c'est le problème des majorités qualifiées, où les décisions risquent de n'être jamais prises, et où de fait, la solution du statu-quo est fortement privilégiée). (4)
La recherche de l'accord de tous est bien sûr souhaitable. Mais il n'est pas toujours possible d'y parvenir. Pourquoi faudrait-il s'entendre sur tout avec tout le monde ?

Une société "libérale"

On pourrait voir dans l'ucratie une atteinte à la liberté dans la mesure où une éthique est imposée (dans les choix collectifs du moins).
Tout d'abord, nous verrons que le projet Ukratio a pour principe de ne rien imposer à personne (y compris l'ucratie), et que plusieurs formes d'ucratie sont possibles (chacun pouvant proposer et rejoindre celle qui lui convient le mieux). Il va de soi que celui qui choisit une éthicratie conforme à sa propre éthique y est remarquablement libre puisque la contrainte n'existe que lorsque l'on se voit imposer une chose qui ne nous convient pas...
Mais même en supposant que l'ucratie soit imposée, on peut remarquer alors que la contrainte serait plutôt moins gênante que dans les autres systèmes (qui sont d'ailleurs bel et bien imposés aujourd'hui !) En effet, mieux vaut être dominé par un tyran dont les décisions sont moins cruelles et moins imprévisibles. Le choix du plus grand bonheur possible de tous n'est pas particulièrement cruel (les nombreuses victimes de l'iniquité actuelle l'apprécie­raient même sûrement !) Ensuite, si l'on prend l'exemple de la démocratie directe (qui est pourtant un des systèmes les plus libéraux actuellement imaginés) on voit que chacun y est soumis au diktat de la majorité. Celle-ci est faite d'humains à la psychologie complexe, pas forcément prévisible, beaucoup moins, en tout cas, qu'une éthique précisément déterminée...

Une société harmonieuse

Un intérêt de ce système, outre que les décisions sont objectivement les meilleures possibles, est que les conflits sont considérablement réduits. D'une part, il n'y a pas de conflit pour obtenir un pouvoir hiérarchique, puisque ceux-ci n'existent pas (donc, moins de conflits d'intérêts) ; d'autre part, il est difficile pour quelqu'un de favoriser un intérêt particulier puisque toute proposition doit être argumentée sur la base du bien commun ! (5)

Une autre objection possible concernant ce système est que tous les choix ne sont pas forcément argumentables. Ainsi, lorsqu'il s'agit de goûts personnels...
Ceci n'est pas un problème, au contraire : il n'est alors pas nécessaire d'argumenter : il suffit de faire le choix qui maximise la somme des satisfactions de chacun (pour obtenir « le plus grand bonheur possible »). On distinguera donc entre les décisions nécessitant une argumentation et celles qui n'en ont pas besoin et peuvent de ce fait, être "automatisées" (pour certaines, ce peut être une combinaison des deux procédés).
C'est d'ailleurs ainsi que fonctionne l'économie ucratique, encore appelée EEBEM ( pour : Économie Écologique du Bien-être et de l'Équité Maximums) : chacun indique ses préférences en matière de travail et de consommation, et en fonction de ça, les travaux et consommations sont distribués de façon optimale (ce n'est qu'un calcul à effectuer, en se basant sur l'éthique adoptée !)(6)
Pas besoin de discussion, plus d'exploitation et plus de pouvoirs qui seraient trop désirables... (qu'il soient formels, informels, politiques ou économiques). L'argent et la possession sont en effet des pouvoirs par nature très désirables, dont l'existence entretient donc la cupidité, laquelle induit de nombreux crimes, conflits, oppressions et injustices dans le monde...

Des garde-fous : les principes ucratiques

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(1) Le mot "anarchie" utilise la racine archos à la place de cratos, qui emporte l'idée d'état primitif ("archaïque") et de règle, ainsi, l'anarchiste s'opposera surtout à la présence d'un roi ou d'un État et aura tendance à rejeter toute autorité voire toute règle. L'"ucrate" ne rejette ni les règles ni une éventuelle autorité dans la mesure où celle-ci ne se fonde pas sur la domination de personnes particulières). La nuance est évidemment subtile et variable : ainsi le mot acratie a pu être utilisé comme simple synonyme de anarchie pour éviter certaines acceptions dévoyées de ce mot (confusion avec anomie, par exemple, ou amalgame avec un activisme violent).

(2) Le concept d'utilitarisme "philosophique", essentiellement issu de la philosophie des lumières du XVIIIème, a d'abord été avancé par Jérémy Bentham, puis a connu diverses évolutions (JS Mill, Sidwick...) Sa formulation initiale est « le plus grand bonheur possible du plus grand nombre possible ». Mais il y a de nombreuses variantes : l'utilitarisme de la moyenne, de l'acte, de la règle, des préférences, l'utilitarisme à seuil, négatif etc. (d'où plusieurs variantes possibles concernant les ucraties). Nous privilégions ici une forme récente appelée "harmonisme rationnel".

(3) Celui-ci pourrait être désigné par le sort pour chaque décision, ou pour un type de décision pendant une période de temps. Les désignés ne souhaitant pas y prendre part pourraient se rétracter.

(4) Pour limiter ce problème, il est parfois précisé que le blocage d'une décision ne doit pas être fait "à la légère". Mais il s'agit alors d'un vœux pieux ou d'une imprécation morale (rien ne garantit un bon comportement des individus !) En pratique, les gens risquent alors de ne pas bloquer par peur du qu'en dira-t-on, et l'on perd alors la possibilité de certaines améliorations de la décision, sans parler de la question de la liberté réelle des individus... on retombe alors dans le consensus mou et la dictature de la majorité. Il est parfois précisé que le blocage ne doit pas être mû par une impulsion égocentrique ou une préférence personnelle. On se rapproche alors de la notion d'ucratie... mais avec une précision insuffisante concernant le choix de l'éthique. Il peut en effet y avoir des divergences concernant des choix éthiques, qui ne pourront être résolues... à vouloir contenter tout le monde, on limite la liberté de chacun.

(5) Dans une démocratie, par exemple, il suffit de manipuler les foules pour obtenir une "majorité"...

(6) Les niveaux de compétence sont bien-entendu pris en compte.
Les possibilités de tricherie (considérables dans le système actuel...) peuvent être pratiquement éradiquées, en fixant pour chacun le niveau de désir moyen ainsi que sa variation moyenne (plus de détails ici ou ).

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