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Du permis de priver à la liberté

Avertissement et plan

IV Philosophie

Ego

La propriété privée, en effet, est un concept intimement lié à la notion d'ego, qui est la principale source de conflits entre les hommes. En effet, « être une propriété de... » s'apparente à « appartenir à... », « faire partie de... » (par exemple, la couleur de l'or, sa densité etc. font partie du concept « or »). D'où l'impression, plus ou moins consciente, que mes biens feraient partie de moi !

L'ego n'est pas le « moi » en tant que personne, ce n'est ni mon corps, ni mon esprit, ni mon libre arbitre, ni quoi que ce soit de réel. C'est une illusion d'origine linguistique.
Celle-ci découle d'un amalgame autour des adjectifs possessifs. Ceux-ci servent à désigner une chose par un lien entre elle et soi. Par exemple, lorsque je parle de « ma fourchette », je désigne généralement la fourchette que je suis en train d'utiliser. Lorsque je parle de « mon » pays, je désigne la région où j'habite, à moins qu'il ne s'agisse de celle où j'ai passé mon enfance etc. Il se trouve que l'on utilise ce même petit mot pour désigner plein de choses, et en particulier pour désigner tout ce qui se rapporte intimement à soi : « mon corps », « mon esprit » etc. et plus généralement des choses qui nous sont chères : « mon enfant », « mon ami » etc. Il s'ensuit que tout ce qui est désigné par ce mot tend à nous être cher, par simple conditionnement. Ainsi, dire « ma femme » n'a pas le même effet que de dire « la femme avec laquelle je gère une famille », où « avec laquelle je couche », dire « la voiture sur laquelle j'ai un droit de priver », ça n'a pas le même effet que de dire « ma voiture ». Il se produit une identification avec les choses désignées par le possessif.

Par commodité, les biens sur lesquels j'ai un droit de priver sont désignés par le possessif.
D'où un attachement supplémentaire à « ses » biens, mais aussi à « son » pouvoir, « sa » réputation, « ses » amis, « son » pays, « ses » idées etc.
Ceci crée entre les gens des intérêts incompatibles, ce qui rend très improbable une véritable démocratie, c'est-à-dire une influence positive du groupe sur la liberté de chacun. Il s'ensuit également de nombreux conflits. Pas entre tout le monde : par exemple dire « mon pays », ou « mon compatriote » crée au contraire une certaine fraternité entre moi et mes compatriotes. Par contre, cela peut me porter à défendre avec une certaine ardeur « mon pays » ou « mon peuple » contre ceux qui malencontreusement appartiennent à un pays ayant des conflits d'intérêt avec le mien (ce qui, en régime capitaliste est forcément le cas un jour ou l'autre pour tout pays, surtout s'il est voisin)...

Ce phénomène s'ajoute à la réalité économique déjà évoquée (besoin de sécurité, possibilité de pouvoir important...) pour exacerber les sources de conflits et de compétition.

Altruisme

De sorte que ce qui peut étonner n'est pas la fréquence et la gravité des conflits, mais bien plutôt leur rareté par rapport à ce qui devrait être. Rareté qui suggère l'existence de dispositions humaines génératrices d'harmonie et de concorde.
Ce qui est remarquable, c'est à quel point nous parvenons à coexister en pas trop mauvaise intelligence malgré le capitalisme et malgré l'ego. C'est donc bien que l'homme n'est pas si « égoïste » que ça. Une alternative au règne de la cupidité est sans doute possible si l'on parvient à se déconditionner un peu...

Pour expliquer notre altruisme (le contraire de égoïsme), il y a bien sûr la répugnance pour les conflits (ou leurs conséquences). Il y a aussi le souci d'offrir une bonne image de soi. Mais pas seulement. Il y a l'amour et la compassion : qui nous font partager respectivement les joies et les peines d'autrui.
Au sens large, l'amour est une attraction pour quelque chose. Il entraine souvent une dépendance à un lien de cette chose avec soi : on souffre si on perd ce lien On parle alors d'attachement. Cette dépendance peut être une source de compétition : lorsqu'elle porte sur un lien exclusif à un objet rare. Par exemple, l'amour de ses biens ! Ce processus découle généralement de l'ego.
D'une façon générale, l'altruisme n'est pas suffisant pour supprimer les conflits, ou alors, il faudrait qu'il s'adresse à tout le monde, sans discrimination ni dépendance. Ce qui est donc nécessaire est un humanisme. Ce dernier se caractérise en effet par la recherche du bien-être de chaque être humain.

Béatitude

Or, il se trouve qu'un processus existe, qui nous conduit à une telle alternative.
Celui-ci semble avoir été évoquée il y a longtemps par quelques personnages inspirés, dont Siddharta (dit « le bouddha ») ou Jésus (dit « le christ »). Il s'agit d'une aspiration inverse à celles de l'ego, par laquelle on se sent bien sans avoir besoin de s'approprier ni de défendre quoi que ce soit, en cessant de s'identifier à quoi que ce soit. Cette façon d'être rend possible un amour et une compassion universels. Elle se traduit par une grande autonomie psychologique, un grand apaise­ment et un bonheur définitif. Nous l'appellerons béatitude L'attachement induit généralement la peur. La béatitude entraine un amour débarrassé de toute peur. Contrairement à la plupart des sentiments, elle est particulière­ment stable.
Elle tend à rassembler ceux qui la vivent dans un but commun : le bien-être de tous, au lieu de diviser par des buts partiels facteurs d'adversité.
Éveil, extinction, délivrance, royaume des cieux, vie éternelle... il suffit de traduire.

Malheureusement, cet état a été tellement caricaturé, qu'il a pu paraître inaccessible ou rarissime à beaucoup. Ce n'est pas parce que l'on y a goûté que l'on se comporte ensuite parfaitement en toutes circonstances. La psychologie humaine est un système complexe.
En outre, l'idée a souvent été noyée dans d'autres considérations : les croyances de l'époque, et surtout, le phénomène religieux. Or, ce dont nous parlons ici n'a rien à voir avec la religion.

Religion

Le terme religion signifie étymologiquement vénération (et plus loin encore : « lire à nouveau » : ce qui évoque le soin dans l'observance des rituels). Là encore, il importe de donner aux termes un sens simple et précis, sans défendre ceci ou attaquer cela.

Les hommes ont souvent eu tendance à se chercher des maîtres, quitte à se les imaginer. Ainsi, ils ont eu tendance à vénérer les forces de la nature, certains hommes qu'ils soient rois ou prophètes, ou des êtres imaginaires (dieux, génies, anges, démons etc.)
Cultivant la soumission, la religion a donc souvent servi les oligarchies en place, elle a souvent été un instrument de pouvoir (en particulier pour ses « prêtres »).

Elle a également contribué à diviser les hommes par le truchement de l'ego, chacun défendant « sa » religion, ou « sa » vérité... attachement d'autant plus compréhensible que ces vérités-là correspondent à un besoin de sens. D'où une violence particulière exercée contre les « impies », les « hérétiques », les « athées », « incroyants » et autres « apostats ».

Le phénomène religieux se traduit parfois par une structure fortement hiérarchisée, et l'adoration d'une personne à laquelle on attribue un statut ou des pouvoirs extraordinaires. Lorsqu'une telle religion est nettement minoritaire on parle plutôt de secte.
Ce terme est souvent connoté, et utilisé pour jeter le discrédit sur tout mouvement collectif ayant des pratiques sensiblement différentes de la norme.

Sens

Ce besoin de sens repose, là encore, sur une illusion linguistique. Il s'agit ici non pas d'un amalgame mais de l'extrapolation d'un concept hors de son contexte de validité.
Lorsque je dis « pourquoi pèles-tu les carottes ? », le « pourquoi » a un sens : « pour les mettre dans la soupe », par exemple. Il a un sens parce qu'il existe une personne dotée d'une intention : la cuisinière. Lorsque je dis « pourquoi vit-on ? » La personne qui a décidé que l'on vivrait n'existe évidemment pas puisque le « on » englobe ici tout le monde et qu'avant de naître nous ne sommes pas (en tout cas, rien ne l'atteste rationnellement). Il n'y a donc pas d'intention qui donne un sens à la question. Cette personne n'existe pas, par définition. (Tout au plus peut-on l'imaginer pour répondre à un besoin... en extrapolant le concept d'intention hors de l'esprit des êtres humains, qui est le cadre où il prend son sens...)
Le besoin qu'un sens nous soit ainsi « imposé » de l'extérieur (le « sens de la vie ») correspond à un besoin psychologique (et non plus à une illusion linguistique). Ce besoin remonte typiquement à l'enfance : l'autorité des parents est rassurante pour l'enfant...

Les religions reposent sur ce besoin et cette illusion. D'où leur persistance.
Tant que l'on trouve que c'est triste si la vie n'a pas de sens, ou que tout est permis parce que « Dieu » n'existe pas, on n'est pas encore sorti de cette illusion. Pour en sortir, il faut bien comprendre que ce n'est pas « la vie » qui n'a « pas de sens », c'est la question, qui est absurde, le concept (de sens), qui est sorti de son contexte...

Par contre, l'envie de donner un sens à sa vie, et le faire, ça, ça n'a rien d'absurde... et chacun peut le faire.

Consensus

Afin de s'approcher de l'idéal de liberté démocratique, on peut aller plus loin que la règle de la majorité : débattre jusqu'à atteindre l'unanimité, ou, du moins, s'en rapprocher plus fortement.

On peut encore se contenter de l'absence d'opposition de ceux qui n'ont pas opté pour l'option majoritaire : c'est ce que l'on appelle parfois le consensus.

Mais encore faut-il disposer d'un moyen de s'approcher de l'unanimité ou d'atteindre l'absence d'opposition, qui, évidemment, respecte la liberté de chacun. Imposer l'unanimité ou même le consensus est évidemment illusoire (à grande échelle) : cela revient à empêcher toute nouveauté. La question clé est donc ici : « comment se mettre d'accord ».

Or, nous disposons de deux choses pour cela : la compassion universelle dont nous avons parlé plus haut, qui détermine une orientation commune à tous, un bien commun : la moindre souffrance totale, et la raison.
Avec toute l'intelligence et toute la communication du monde, il n'est pas possible de se mettre d'accord sur un choix, si celui-ci ne s'inscrit pas dans une finalité que l'on partage tous.
Inversement, si l'amour entre deux personnes permet de réduire les conflits entre elles, il ne permet pas, à lui seul, de se mettre d'accord. Il faut également pour cela que les protagonistes adoptent une attitude rationnelle, c'est-à-dire : conforme à la raison.

Raison

La raison est un ensemble de principes simples dont le respect permet de trouver une solution efficace aux problèmes qui se posent à nous, et en particulier, de communiquer et de se mettre d'accord une fois que l'on partage une orientation commune.

Comme beaucoup de notions ayant des implications universellement approuvées (ici : une remarquable efficacité), le mot « raison » a été récupéré pour désigner tout et n'importe quoi, ce qui a pu, en retour, en obscurcir le sens, voire dévaloriser le concept.
D'où l'importance de le définir précisément.

Le premier principe de raison consiste justement à donner une définition suffisamment précise, fixe et commune aux mots utilisés, puis à s'y référer effectivement. C'est un principe simple, mais si peu mis en pratique....

Ensuite, la raison consiste à déterminer ses buts, à se faire une idée de la réalité puis à en déduire un mode d'action pour réaliser ses objectifs.
Nous ne procédons pas toujours dans cet ordre. La raison s'oppose en cela à la réaction immédiate, au réflexe. Ceux-ci sont favorisés par l'émotion, et exploités par la manipulation.

De plus, l'« idée de la réalité » doit s'élaborer via les principes de la démarche scientifique :

Beaucoup de raisonnements fallacieux (irrationnels) viennent de ce que l'on raisonne au niveau de généralités, au lieu de prendre en compte précisément la réalité. On pratique alors l'amalgame. Par exemple, on va considérer que « l'extrémisme n'est pas une bonne chose », alors que dans certains cas, refaire du neuf (ce qui est une solution extrême) peut être préférable à un rafistolage.

Le grand déséquilibre

L'application des quelques principes de raison a commencé à avoir lieu un peu sérieusement, mais seulement dans les domaines purement techniques (physique, biologie etc.). On peut y constater leur efficacité. Cela a donné à l'homme un pouvoir considérable (radiodiffusion, bulldozers etc.).
Malheureusement, ce pouvoir est au service de qui l'utilise, et ne fait donc qu'amplifier les effets du régime économique dominant...
Dans les autres domaines, typiquement plus « humains » (économie, politique, philosophie...), la raison est encore peu mise en pratique, sans doute parce que l'émotion, qui y est plus forte, a tendance à court-circuiter le raisonnement. Y règne donc le dogmatisme, l'esprit partisan, la rigidité, les croyances et autres jugements définitifs. Les hommes les plus instruits y commettent des fautes de logique qui seraient dénoncées par n'importe quel enfant s'initiant aux mathématiques. Par exemple : identifier un ensemble à l'un de ses éléments !

Comme si cela ne suffisait pas, un certain nombre d'idées reçues et de caricatures discréditent la science et la raison dans ces domaines, qui constituent en quelque sorte une chasse gardée de l'irrationnel. Elle pourrait nous « réduire à l'état d'objets », nous « mettre en équation »... On oublie que la raison est d'abord souplesse et finesse, outil, potentiel de réalisations sans limite. On lui attribue de la froideur (ce qui est absurde). On préfère se laisser endormir par le merveilleux, le mystérieux, le spectaculaire ; choses qui ne sont pourtant pas incompatibles avec l'exercice de la raison.
On oppose raison et passion, alors que ces deux phénomènes se complètent à merveille. Que l'émotion forte puisse perturber le fonctionnement de la raison c'est autre chose. Que le concept ait pu être utilisé de façon abusive pour réprimer des initiatives ou des rêves, c'est également autre chose...

Il résulte de ce déséquilibre dans l'utilisation de la raison, de ce surdéveloppement de la technique associé à un sous-développement de la sagesse, une menace écologique d'ampleur planétaire : celle, explosive, des armes nucléaires, tout comme celle, plus insidieuse, de la pollution (pesticides, déchets...)

Suite : V alternative

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