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Questions à un ami utopiste

III Une autre culture


5 Des enfants

- Et qu'en est-il de l'éducation  ? Celle-ci est généralement porteuse de valeurs...

- Alors effectivement, l'éthique harmoniste est enseignée aux enfants. Non pas comme une vérité morale, mais offerte comme une possibilité, en en présentant les avantages.

- Et si je veux transmettre une éthique différente, ou plus précise ?

- C'est toujours possible, mais tu ne seras pas aidé à cela, par la collectivité. Notre société est laïque. Chacun y est libre de penser et de professer ce qu'il veut, mais la seule chose qui soit soutenue collectivement est un strict minimum pour vivre ensemble, ce qui est bien le cas de l'éthique harmoniste.

- À propos, comment ça se passe pour les enfants, nous n'avons pas abordé cette question. Je suppose que pour participer à votre économie « de la satisfaction maximum », il faut avoir un certain âge. Un enfant trop jeune ne sera pas en mesure d'indiquer ses préférences d'activité. Il faut déjà savoir parler, connaître les nombres... Sans même parler de la participation aux débats dans les assemblées décisionnaires.

- Oui, bien sûr. Il y a un régime spécial pour les enfants. Ceux-ci bénéficient d'un cadre adapté pour une satisfaction optimale de leurs besoins physiologiques, affectifs et leur éducation. Ce qu'ils consomment leur est proposé d'office, de façon à ce qu'ils apprennent à apprécier tout ce qui ne leur est pas nuisible et à ce qu'ils soient à l'abri d'un certain nombre de nuisances. L'idée est de faire en sorte que l'enfant se focalise sur sa formation plutôt que sur une éventuelle « consommation »...

- Ils ne peuvent pas formuler de désirs de façon à ce que ceux-ci soient satisfaits ?

- Bien sûr que si. Ils disposent de beaucoup de choses « gratuitement » : un certain choix de nourriture, des installations culturelles et sportives... donc, quand ce qu'ils demandent rentre dans ce cadre, ils l'obtiennent. Les adultes sont à leur service, pour cela.

- Et si ça ne rentre pas dans ce cadre  ?

- Dans ce cas, les adultes (une commission éducative ou l'assemblée communale) voient si cela peut leur être offert compte-tenu du coût que ça représente d'une part, et de l'intérêt que cela présente pour leur éducation, d'autre part. En fonction de cela, la chose peut leur être soit offerte gratuitement soit à la condition qu'ils fournissent une certaine production au préalable.

- « Fournissent une certaine production » ?

- Si leur demande a un coût en travail et énergie, on pourra leur demander de fournir jusqu'à l'intégralité de ce coût. Celui-ci est la diminution de la somme des niveaux de satisfaction découlant de la production supplémentaire engendrée par leur demande. Ils devront effectuer un travail de production de telle sorte que, par compensation, il n'y ait plus cette diminution (puisque ça fera globalement moins de travail pour les adultes).

- Mais s'ils sont très jeunes...

- Il s'agit bien sûr d'un travail qu'ils peuvent faire (généralement peu qualifié, donc). Cette possibilité ne commence qu'à partir d'un certain âge.

- Vous faites travailler les enfants  ?

- Seulement ceux qui souhaitent qu'une telle demande (insuffisamment éducative mais suffisamment consommatrice) soit satisfaite. On estime que c'est mieux qu'une privation pure et simple ou qu'une satisfaction automatique de tous leurs désirs. C'est éducatif dans la mesure où ça leur apprend que l'on a rien sans rien. On leur explique bien sûr que ce travail correspond réellement à ce qu'ils demandent... Ensuite, ils n'ont pas le droit de travailler plus de trois heures par jour, de façon à ce que cela ne nuise pas à leur activité d'auto-formation.
Je rappelle que tout ce dont ils ont besoin (et même plus) est fourni gratuitement, ou plutôt, leur est offert par les adultes.

- Comment ça « les adultes » ? Pas seulement les parents ?

- En fait, les frais des soins aux enfants sont partagés entre les parents et le reste de la collectivité dans une proportion qui dépend du nombre d'enfants qu'a déjà le parent. Il doit supporter seul 17% des frais, pour son premier enfant (biologique), 33% pour le deuxième, 50% pour les suivants. Là encore, comme il n'y a pas de monnaie, il s'agit de pourcentages de la baisse de satisfaction occasionnée par le travail induit (à laquelle peut s'ajouter un supplément correspondant à la consommation de matières premières).

- Et si un enfant est le premier de l'un de ses parents et le troisième de l'autre  ?

- Ça fera 17% pour le parent dont il est le premier enfant, 50 % pour celui dont il est le troisième et 34% pour le reste de la collectivité.

- Et si l'enfant n'était pas voulu.

- Dans ce cas, la mère peut avorter (jusqu'au troisième mois de grossesse). Ensuite, les responsabilités sont partagées en fonction du degré d'implication dans le risque. Par exemple, si la mère a permis la fécondation contre la volonté du père, elle supporte seule les frais parentaux (sauf si le père change d'avis et souhaite s'impliquer ultérieurement).

- Ce système est défavorable aux familles nombreuses !

- Oui, il s'agit d'une politique anti-nataliste écologiste. En effet, si tout était entièrement pris en charge par la collectivité, une explosion démographique et donc un grave déséquilibre écologique seraient à craindre...

- Comment se fait-il alors que dans les pays développés, il n'y ait pas d'explosion démographique alors que la politique y est souvent nataliste (allocations familiales accrues au-delà du troisième enfant, par exemple)  ?

- Parce que dans ces pays, pratiquement tous les soins sont a priori à la charge des parents dès le premier enfant, et que les allocations familiales ne font qu'atténuer cette réalité (tout en favorisant les familles nombreuses par rapport aux autres). Si les parents ne devaient pas payer si cher pour avoir une progéniture, ils en auraient probablement plus. Dans les autres pays, l'explosion démographique s'explique par le fait que les enfants sont une ressource (ils travaillent souvent) et une assurance pour la retraite (entre autres choses, bien sûr, il y a aussi des conditionnements culturels).

- Pourquoi ne pas tout subventionner pour moitié, quel que soit le rang de l'enfant, par exemple ?

- L'idée est de favoriser équitablement la descendance de chacun, ainsi qu'une meilleure éducation : un parent a plus de temps de s'occuper de chacun de ses enfants s'il en a moins.

- La fratrie est une richesse pour la socialisation...

- C'est un facteur de socialisation, mais pas le seul. Ici, les enfants ne sont pas seuls, ils se socialisent avec leurs petits voisins, à l'école etc. Les familles sont bien moins isolées que dans la société moderne capitaliste. Il existe une maison des enfants, où ils peuvent se rendre quand ils le désirent.

- Et quel est le pouvoir des parents, au juste ? Ce sont eux qui décident de l'éducation des enfants ? Parce que tu parlais tout à l'heure d'enseigner l'éthique harmoniste... Maintenant, tu parles de maisons d'enfants...

- Sauf cas particuliers, les parents ont la charge d'éduquer leurs enfants. Mais il y a en effet certaines restrictions.

- Lesquelles  ?

- Tout d'abord, ils doivent avoir reçu une formation de parent. Celle-ci est d'ailleurs dispensée lors du cursus d'enseignement général qui permet de devenir citoyen. Donc, normalement, tout adulte a reçu cette formation. Si ce n'est pas le cas (il s'agit généralement de problèmes pathologiques), le parent peut être simplement secondé, à moins que l'enfant ne soit confié à une autre personne, qui sera donc son responsable d'éducation.
Par ailleurs, le parent doit être volontaire... (c'est bien sûr le cas en général). Chaque parent est libre de renoncer à sa charge d'éducation (mais pas à la charge de travail que nous avons vue tout à l'heure).
Ensuite, il y a les limites liées au deuxième parent et à la collectivité. Si les deux parents ne parviennent pas à se mettre d'accord sur un point, il y a tout d'abord une médiation pour les aider à y parvenir. Ensuite, si ça ne fonctionne pas, la priorité revient à la mère.

- Et la collectivité  ?

- Si d'autres adultes contestent certains points de l'éducation donnée par les responsables principaux (en général, les parents, donc), la question est portée en assemblée, laquelle tranchera. S'il n'y a pas un fort consensus, la priorité revient aux parents... En pratique, cela correspond à des cas de maltraitance grave, auquel cas, la charge de principal d'éducation peut même être transférée à d'autres adultes.
Ensuite, il y a les limites dues à l'enfant lui-même. Celui-ci a un certain choix sur son mode de vie, liberté qui croît avec son âge. À partir de 10 ans, les enfants peuvent choisir de vivre en maison d'enfants, s'ils le souhaitent (et non plus là où le leur imposent leurs parents). Cela permet une meilleure socialisation, et un meilleur épanouissement de l'enfant (dans les cas où l'éducation parentale serait trop étouffante).
Enfin, il y a le système scolaire

- Le pouvoir des parents me semble assez limité

- Cette limite se justifie pour le bien commun. L'éducation des enfants est une chose trop précieuse et importante pour l'avenir pour ne pas bénéficier de certaines précautions. L'enfant est avant tout considéré comme un sujet, un être humain, un citoyen en devenir, pas comme une propriété privée. Tout cela est en cohérence avec l'éthique harmoniste qui implique le respect de ce qui est extérieur à soi, par opposition à la prédation... Il faut savoir si l'on veut perpétuer la prédation ou développer l'amour... le vrai, bien sûr !

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