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Questions à un ami utopiste

I Une autre économie


2 Une économie de partage

- Bon, c'est bien beau tout ça, mais on fait comment ? Si on supprime l'argent, par exemple, on revient au troc  ?

- Point du tout.

- Je ne comprends pas : s'il n'y a ni troc, ni monnaie, personne n'échange rien...

- Pourquoi voudrais-tu échanger ?

- Bah... ou alors c'est vraiment limité ton truc. On est obligé de garder les mêmes biens toute sa vie ? On ne peut que donner ? Chacun se sert librement ?

- Non.

- Quoi, « non », je ne vois pas d'autre possibilité...

- La répartition des biens, ou « consommations », peut être gérée collectivement, démocratiquement je veux dire. Dans ce cas, on n'échange pas, on partage...

- Ah d'accord ! Mais alors, comment ça se passe ? Je dois attendre ou solliciter une assemblée générale à chaque fois que je veux consommer ou utiliser quelque chose ?

- Bien sûr que non ! On se donne des règles pour plus de souplesse ! Tout d'abord, il y a des biens dont tu peux avoir l'utilisation exclusive. Cela se justifie pour certains biens comme la brosse à dent ou l'habitat, par exemple, pour des raisons d'hygiène ou d'intimité.

- Et s'il me prend l'envie, tout-à-coup, de changer d'habitation ? On en discute en assemblée générale ?

- Même pas. Une assemblée générale, ça prend du temps, ce sont souvent de longues joutes oratoires avant de parvenir à un accord, quand on y parvient...
Si tu as envie d'un bien que tu ne possèdes pas, tu peux indiquer cette envie dans une « base de données » (dans un ordinateur). Ensuite, si cette envie est suffisamment forte il est probable que ce bien te soit attribué.

- Qu'est-ce qui fait que mon envie sera « suffisamment forte » pour que le bien me soit attribué ?

- C'est par rapport aux envies des autres... Si tout le monde a très envie de posséder un même bien, il ne peut être attribué simultanément à tout le monde.

- Mais comment peut-on comparer des envies ?

- En fait, dans l'ordinateur dont j'ai parlé, tu attribues à différentes choses un niveau de désir, qui est un nombre. Plus il est élevé, plus le désir est fort. Si tu t'en fous, tu mets « zéro ». Si la chose te répugne, que tu préfères ne pas l'avoir ou la faire (parce que c'est valable pour les activités aussi), tu mets un nombre négatif.

- Alors, si je veux quelque chose, j'ai intérêt à savoir ce que les autres ont mis, pour mettre un nombre supérieur... et ce serait la surenchère, t'es sûr que c'est au point, ton truc ?

- Oui, il y a bien quelque chose qui va limiter cette surenchère. La répartition des activités économiques (production, consommation au sens large...) prend en compte un souci d'équité, de telle sorte que si tu accrois ta « jouissance » par une consommation, d'autres sources de jouissance (susceptibles de t'être accordées) se réduiront. Ou encore, tu risques d'avoir plus de travail pénible à faire.

- En somme, je dois payer, d'une certaine façon, pour pouvoir obtenir un bien.

- Si tu veux absolument posséder une chose en accroissant le niveau de désir correspondant, oui. Mais il n'y a pas une quantité de travail précise associée à cela, c'est juste un phénomène statistique, qui fait que tout le monde a intérêt à indiquer ses niveaux de désirs réels, en fin de compte. D'où l'absence de surenchère.
Ensuite, le principe d'équité fait qu'un bien « rare » très demandé (une habitation, par exemple), va être utilisé à tour de rôle par un grand nombre de personnes.

- On va être obligé de déménager souvent, alors !

- Disons, que chacun occupe un tel logement pendant une durée suffisante pour que la gêne occasionnée par le déménagement ne soit pas trop importante.

- Reste que c'est pas cool, si je ne peux pas garder mes biens.

- Si ce n'est pas gênant, tu pourras toujours garder « tes biens ». Je pense par exemple, à des objets ayant une valeur sentimentale pour toi. Mais pour les autres, cela se ferait au détriment d'autrui, ce serait injuste... Ensuite, il est bien évident que, dans la mesure du possible, on va faire en sorte qu'il y ait suffisamment de biens « désirables » pour tout le monde (en en produisant suffisamment)...
Ce système permet d'éviter la loi de la jungle : que chacun puisse venir prendre les affaires d'autrui arbitrairement et que ça se termine en pugilat, ou que chacun puisse tout garder arbitrairement et que l'injustice se développe (ce qui alimente la frustration et les conflits). Ainsi, la répartition des biens est la plus juste et la plus profitable possible.
L'idée, c'est le partage, selon une règle qui fait qu'un bien revient à celui qui l'apprécie le plus. Ce n'est pas le partage bête et méchant : « tout le monde pareil, qu'il aime ou pas » (comme cela a souvent été le cas dans les économies non-monétaires du passé), sans que ce soit utopique non plus comme avec le : « chacun fait ce qu'il veut parce que tout le monde il est gentil et que c'est l'abondance ».

- Ce serait quoi le problème, si chacun pouvait garder ses biens ?

- Si tu es toujours la personne qui préfère un bien donné, il n'y a pas de problème, et tu le conserveras en ucratie également... Le problème est que si quelqu'un le préfère réellement à toi, et que toi, tu préfères autre chose, et bien, tout le monde serait moins satisfait. Faut pas se fixer sur cette histoire de « c'est mon bien, il est inadmissible qu'on me le prenne », mais voir où est sa satisfaction véritable, la satisfaction maximum qui ne nuise pas à autrui...

- Je pourrais faire un échange...

- Oui, mais comment le savoir, qu'il y a eu cette variation dans les préférences ? Dans une économie traditionnelle, les échanges ne se font que lorsque les propriétaires mettent leurs biens en vente (ou les proposent au troc)... ce qui demande un effort relativement important pour un résultat très hypothétique (y aura-t-il preneur ? et à quel prix ?) Et lorsqu'ils ne le font pas, combien d'occasions manquées ! Là, c'est la satisfaction maximum en temps réel. Mais là n'est pas le seul intérêt d'une économie de partage.

- Ah ?

- La négociation qui accompagne le troc (ou toute autre forme d'échange) ne sert pas précisément la satisfaction maximum : elle favorise les plus avides et les plus manipulateurs... sans compter qu'elle nous conditionne dans le sens de l'avidité, de l'égocentrisme...
Si en plus, il y a l'argent, avec le pouvoir qu'il représente, la facilité de l'accumuler, de le conserver, de le transmettre, la cupidité est hypertrophiée, les conflits et les injustices s'aggravent. Les gens, aveuglés par le pouvoir monétaire, en oublient ce qui est leur véritable satisfaction (par une consommation effective et correspondant à un besoin réel)... Sans même parler de la pollution et du pillage des ressources ; parce que tout le monde est tellement obsédé par son profit monétaire, que les lois faites pour protéger l'environnement sont globalement contournées (il n'est pas possible de tout surveiller). Tu as peut-être déjà vu ça quelque part...

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