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Questions à un ami utopiste

IV Une autre stratégie


2 De l'argent

- Mettons. Ensuite, je vois pas mal de difficultés, pour le démarrage. Il faut acheter des terres, des machines, des bâtiments, je suppose. D'où viendra l'argent ?

- De prêteurs ou donateurs convaincus par l'intérêt du projet. D'une façon générale, les dons ne manquent pas. Or, il y a quand même des humanistes intelligents, ça existe. Ensuite, les gens qui participeraient à l'aventure, n'auraient plus guère besoin de leurs biens, puisqu'il s'agit de vivre sans argent...

- Hou-là ! Et tu crois que les gens vont prendre un tel risque ?!

- Oui, et pour plusieurs raisons. Pour le sérieux de l'entreprise (s'ils en ont pris pleinement connaissance), tout d'abord, qui rend la prise de risque particu­lièrement raisonnable. Ensuite, parce que l'on ne leur demandera pas de faire un don, mais seulement un apport, un prêt, si tu veux. Donc, ainsi, ils ne prennent vraiment aucun risque important. Ils peuvent toujours retrouver leur apport en cas d'échec, par exemple.

- Et si l'entreprise fait faillite, tu crois qu'ils vont forcément retrouver leur apport  ?

- L'entreprise fera en sorte de ne pas s'endetter... Ensuite, il s'agit d'un investis­sement essentiellement immobilier... Pas d'une entreprise capitaliste dans un secteur à risque ! Donc, la structure ne va pas s'appauvrir : le capital sera toujours là.

- Le problème, si chacun peut reprendre ses billes quand il veut, c'est que le projet a peu de chances de durer, et les apporteurs vont avoir un certain pouvoir...

- Tout d'abord, on peut voir ce qu'un système apporte, ou au contraire, se focaliser sur son écart par rapport à la perfection, voire ne rien faire sous prétexte d'absence de perfection. Les apports que ce système rend concrètement possibles, permettront au pire d'expérimenter quelque chose quelque temps... ce qui est mieux que de ne jamais rien faire. Mais ça, c'est vraiment le pire, parce que ce qui est prévu n'est pas que les apporteurs puissent reprendre leurs billes intégralement à tout moment. L'idée est de limiter ce pouvoir en imposant une clause de reprise d'apport qui donne à la structure suffisamment de temps pour pouvoir rembourser sans être obligée de faire une revente en catastrophe (forcément moins intéressante), voire de pouvoir rembourser progressivement grâce à un revenu.
De plus, il me semble préférable de parier sur la liberté individuelle plutôt que sur la contrainte. Il est préférable que les gens restent quelque part parce que ça leur convient, que parce qu'ils y sont contraints...

- Oui, mais de fait, certains auront un certain pouvoir en plus, même atténué...

- Oui, mais faisons preuve de discernement. Entre un pouvoir qui opprime, qui engendre des conflits, comme l'argent, la propriété privée, les chefferies, la manipulation lourde, et un léger avantage potentiel que quelqu'un aurait (parce qu'on ne lui aurait pas retiré tous ses avantages antérieurs), il y a une grosse différence. Il ne faut pas tomber dans une chasse aveugle à tout ce qui peut être qualifié de « pouvoir ». La raison, c'est aussi ça...

- Au fait, de quelle structure s'agirait-il juridiquement ?

- Le mieux est une association.

- Une association sans but lucratif  ?

- Oui. Car il n'y a pas de but lucratif, c'est le moindre que l'on puisse dire ! Personne n'y gagne de l'argent, pas de relation de type salariale (qui se caractérise par un rapport hiérarchique). Il s'agit précisément de sortir de la logique de lucrativité.

- Une Société Civile Immobilière, pour l'habitat, un Groupement Foncier Agricole pour la terre, des SCOP pour les entreprises... cela ne serait-il pas plus adapté ?

- Non, tu mentionnes là des sociétés au sens juridique, c'est-à-dire des structures fondamentalement capitalistes. Très concrètement, si un apporteur (plus exactement, un actionnaire, ici) souhaite se retirer, il peut obliger dans un délai assez bref (six mois, il n'y a pas de clauses possibles ici) à une réévaluation du bien pour repartir avec non seulement son apport initial mais aussi le gain dû au travail de tout le monde ! En effet, une action est une fraction du capital total, pas un montant fixe... Bref, de telles structures sont adaptées à l'exploitation capitaliste, et ce n'est pas que de la théorie. Or, nous voulons une logique de l'amour, du don, que ceux qui apportent apportent réellement en cohérence avec cette logique, et ne courent pas le risque d'être ainsi trompés.

- Une association peut être propriétaire de biens immobiliers  ?

- Oui, s'ils sont utilisés directement pour son objet, ce qui serait évidemment le cas ici.

- Ensuite, ça va être très dur au début. L'autarcie, ça ne s'improvise pas, on sera donc très loin d'un mode de vie avec beaucoup de temps libre et un large choix de consommation...

- Qui a parlé d'autarcie ?

- Vous voulez une société sans argent, ou j'ai rêvé  ?

- Sans argent sur le long terme, oui, mais au début, on peut très bien expérimenter une organisation ucratique tout en ayant des échanges avec la société, nous permettant de bénéficier ainsi de plus de choses en travaillant moins. Ensuite, au fur et à mesure que le réseau de coopératives s'étendra, ces rapports commerciaux avec l'extérieur diminueront, tandis que nous conser­verons, voire accroîtrons, notre sécurité et notre bien-être matériel...

- Il y aurait donc de l'argent ?

- Pas dans les relations entre nous. Ce serait la coopérative, qui échangerait ainsi avec l'extérieur. L'argent serait donc considéré, dans notre comptabilité interne, comme une matière première, nécessitée par certains souhaits de consommations (individuels ou collectifs)... De l'argent est par ailleurs nécessaire pour payer certaines taxes sur le capital. Ce qui fait l'harmonie dans une coopérative ucratique, ce sont les relations de partage (et non plus d'échange) entre ses membres ; et pour cela, l'autarcie n'est pas nécessaire.
Il y aurait donc des entreprises « capitalistes » appartenant à la coopérative, et chacun pourrait y travailler.

- L'individu pourrait-il dépenser de l'argent à l'extérieur ?

- Cela serait également possible. Il suffit de demander une certaine somme d'argent, en prévision d'un voyage, par exemple. Cela se ferait comme pour n'importe quelle autre « denrée » : en affectant un niveau de satisfaction marginale et un seuil de saturation.

- Par contre, l'individu ne pourrait pas gagner d'argent, je suppose.

- Si ! Lorsque la personne est en voyage, elle fait ce qu'elle veut.
Ensuite, il est également possible qu'une personne ait une activité lucrative individuelle tout en habitant sur le lieu (comme salariée à l'extérieur ou entrepreneur individuel). Mais, dans ce cas, le revenu ainsi dégagé doit revenir à la coopérative (qui le distribue ensuite selon les règles de l'économie de la satisfaction maximale).

- Ne pourrait-elle pas en dépenser une partie directement pour elle ?

- Jusqu'à un certain point, ce ne serait pas très gênant. Mais cette possibilité pourrait entretenir une certaine cupidité, ce qui est contraire à ce que nous souhaitons vivre et expérimenter. Par contre, travailler pour la coopérative, qui est une alternative bénéfique à tous points de vue, ça, ça entretient l'amour... Par ailleurs, tous les désirs matériels peuvent être satisfaits dans le cadre de l'économie de la satisfaction maximale... (il n'y a pas de limite par individu). Cette possibilité ne présenterait donc aucun intérêt.
L'idée est d'être le plus souple possible tant que la réalité de cette alternative au monétarisme n'est pas remise en cause.

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